Vendredi 9 novembre 2012 5 09 /11 /Nov /2012 15:50

http://3.bp.blogspot.com/-7XxP8dO1G3g/UI-h78fM88I/AAAAAAAAB3k/ck4gTb4JWD4/s1600/en+souvenir+d%27andr%C3%A9.jpg

 

J’attendais le roman En souvenir d’André avec impatience. Avec Lucia Etxebarria, Martin Winckler est certainement mon préféré. Et ce roman qui se lit très vite, m’a donné le vertige. Je mentirais en disant qu’il m’a plu parce qu’il m’a mise mal à l’aise. Il m’a baignée dans l’agonie, la maladie et la douleur. Pourtant si je l’ai profondément aimé, c’est parce qu’il dérange pour faire réfléchir.

Encore une fois, Martin Winckler a pris les armes romanesques pour plaider une cause qui lui est chère. Cependant, si d’habitude, il parle de soin, de traitement et de relation au patient, dans En souvenir d’André, il signe l’histoire d’un homme discret qui cache de grands maux et à travers son témoignage, revendique le droit de chacun à mettre fin à sa vie.

Soyons honnête, le sujet est douloureux parce qu’il touche à ces choses auxquelles on ne veut pas penser. Il touche à l’impuissance de la médecine, à la fragilité de nos destins, il projette le lecteur dans une situation insupportable: voir un être cher souffrir et demander à mourir.

Alors j’admire le courage de l’auteur qui n’a pas cherché pas à se faire aimer, mais à être lu. Pour témoigner et puis, pour convaincre.

Cependant, si l’aspect militant est essentiel dans ce récit, il s’agit d’abord d’un roman prenant et très bien mené. Martin Winckler a le don des mots - on le savait déjà - et il fait vivre son héros avec cette pudeur et cette sensibilité qui lui sont propres. Il n’a pas délaissé le lecteur assoiffé d'illusions et il nous offre ici une belle histoire comme il sait si bien les raconter.

Le protagoniste principal est un soignant qui « veille » les personnes et les aide à mettre fin à leur vie. On ne parle pas de médicament mais de soulagement et de transmission. Ces rencontres qui se multiplient dans l’obscurité des fins de journée occasionnent des témoignages de la dernière heure. Des histoires confiées en murmures à cet inconnu qui les recueille comme des trésors parce qu’il sait en reconnaître la vraie nature, ce sont des héritages.

Tenez-vous prêt, En souvenir d’André vous acculera dans des questionnements pénibles. L’auteur aura réussi son coup. Et vous comprendrez en quoi cette épopée-là était éprouvante mais nécessaire.

Si ce roman-là cache un peu moins bien que ses précédents le sentiment de révolte et le plaidoyer qui le sous-tend, c’est certainement parce qu'une fougue impatiente nourrie par le temps qui passe y transparaît. Avec les années, Martin Winckler se fait plus pressant dans ses idéaux parce que ce monde meilleur pour lequel il s’est tant battu, il veut le voir de ses propres yeux.

En souvenir d’André est publié aux Editions P.O.L. Vous pouvez le commander ici

Par Poppilita - Publié dans : Entre les pages
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Vendredi 14 septembre 2012 5 14 /09 /Sep /2012 18:32

http://www.editions-heloisedormesson.com/administration/images_cover/eho_etxebarria7c.jpg

 

Lucia Etxebarria est l’une de mes auteurs préférés. Elle fait partie de ceux dont je guette les publications. Dernièrement, pour dénoncer le piratage de romans, elle a annoncé qu’elle ne publierait plus tant qu’une solution ne serait pas trouvée pour remédier au téléchargement illégal. Il ne reste plus qu’à espérer que l'on n'attendra pas trop longtemps cette solution.

Les histoires de Lucia Etxebarria sont souvent un peu déjantées, dures et très colorées. Il y est  question d’hommes et de femmes qui ne font pas les bons choix, de couples abîmés par la différence d’âge, de drogue, de sexe et de grossesses mal venues. Ses personnages sont souvent un peu à côté de la plaque et elle ne les aide jamais vraiment à s’en sortir. Je me souviens avec bonheur de son roman sur la maternité, Un miracle en équilibre, une perle de sensibilité et de justesse pour lequel elle avait d’ailleurs reçu le prix Planeta en Espagne (équivalent de notre prix Goncourt).

Dans son dernier roman, Le contenu du silence, l’ambiance est a priori beaucoup plus feutrée. Le personnage principal est Anglais et la retenue apparente dans son caractère déteint sur le début du récit. Gabriel, engagé dans des fiançailles dont l’absurdité, déjà en transparence au départ, va devenir de plus en plus prégnante au fil du récit, se retrouve aux Canaries, à la recherche de sa sœur disparue avec laquelle il n’était plus en contact depuis près de dix ans.

Il sera accompagné dans sa quête par la meilleure amie de sa sœur Cordelia qui lui racontera le glissement lent et vertigineux de Cordelia vers une secte qui a mené ses membres au suicide collectif.

Cette épopée pesante a pour décor les îles Canaries et leur luxuriante nature. Elle sont au départ présentées comme un paradis perdu, comme dans le mythe traditionnel, où l’isolation aurait permis l’absence de corruption humaine. Pourtant au fil des pages et à mesure que les protagonistes s'y aventurent, les Canaries, deviennent dangereuses et touffues, elles deviennent cet endroit où l’isolation a  permis la compromission et l’enrichissement hasardeux très loin de l’utopie.

Le contenu du silence, très beau titre quand on y repense après avoir terminé le livre, est une déclaration d’amour vivace aux îles Canaries. Mais c’est aussi une déclaration de guerre à l’instrumentalisation de la faiblesse. Et une démonstration amère de la détresse engendrée par les transgressions familiales.

Au final, Le contenu du silence est la dispersion d’une famille mixte entre abandon, deuil et les réminiscences aigres de trahisons tues. Le silence a creusé un abcès que les années ont recouvert d’un poison immonde, lie insupportable de trahisons fraternelles impardonnables.

Le contenu du silence ne ressemble pas tellement aux autres romans de l’auteure espagnole qui quitte le criard sensible pour nous offrir un témoignage bouleversant de l’emprise du fort sur le faible et de ses conséquences dévastatrices sur la nature humaine. Et si l’homme n’était qu’un animal parmi d'autres ?

Par Poppilita - Publié dans : Entre les pages
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Vendredi 7 septembre 2012 5 07 /09 /Sep /2012 17:09

http://www.alancumming.com/images/splash.jpg

Il y a des destins qui font penser que tout est possible. Il y a ceux que rien n'arrête et qui, à force de travail, arrive à tout. Alan Cumming est de ceux-là.

Découvert dans la série - ô combien chère à mon coeur - The Good Wife au côté d'un casting pourtant déjà très luxe (Julianna Margulies, Josh Charles, Chris Noth etc.), j'ai immédiatement trouvé qu'il y avait dans son jeu quelque chose de puissant. Il campe à merveille le "campaign manager" juif Américain et je ne doute pas qu'il ait donné à ce rôle une dimension que ses recruteurs n'avaient pas imaginée ou espérée.

Quelle n'a pas été ma surprise quand j'ai découvert que le bel homme était en fait Ecossais, qu'il parle au naturel avec un accent incompréhensible qu'il travestit avec brio en accent américain banal et clair dans son rôle d'Eli Gold.

Mais c'est là l'un des multiples talents d'Alan Cumming.

Comédien classique dans une version de MacBeth où il est tous les personnages  au théâtre national d'Ecosse. Chanteur et danseur à Broadway où il a reçu un Tony Awards pour sa majestueuse prestation dans Cabaret. Doubleur de shtroumpf dans le dessin animé éponyme. Acteur de science-fiction dans Xmen. Caméléon surdoué et engagé qui a été marié pendant huit ans à une femme et l'est maintenant à un homme. Anglais devenu Américain. Ecrivain, réalisateur, photographe hyperactif qui a su tordre la réalité de tout côté pour devenir ce qu'il est aujourd'hui. Une bête de scène, un génie du show, un grand parmi les grands. Alan Cumming a eu mille vies quand nous tentons de donner un sens à la nôtre.

Pour sourire un peu chaque jour, suivez-le sur Twitter où il partage photos et souvenirs à coup de 120 signes.

Ou sur son blog où il raconte ses engagements, convictions et ses succès.

Par Poppilita - Publié dans : Petit écran
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