Alanis Morissette au Zénith de Paris : dans les vapeurs de notre adolescence

Publié le par Poppilita

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All I really want

“And all I really want is some peace, man, a place to find a common ground

Alanis est là, devant nos yeux. Elle est intacte. Elle balade ses longs cheveux ondulés d’un bout à l’autre de la scène. Elle chante, de sa voix superbe, de cette voix familière qui a bercé notre adolescence et la suite aussi. Elle chante « ce qu’elle voudrait vraiment ». Elle chante ses rêves et ses désirs, elle chante ce qu’elle voulait devenir en écrivant cette chanson quand elle n’avait qu’une vingtaine d’années. Elle voulait la paix intérieure. Ce soir de juin 2012, je pense aux photos glanées sur Internet entre un powerpoint et un excel, qui la montrent radieuse avec son mari et son bébé. Je me dis que oui, elle a réussi son coup. La paix, elle l'a eue, comme l’heureux revers du bonheur. Et je me dis qu’elle le méritait bien.

Forgiven

“If I jump in this fountain, would I be forgiven?”

Quand les premières notes résonnent dans le Zénith bondé, je ne reconnais pas tout de suite la chanson. Je me dis maintenant que c’est sûrement l’émotion parce que de cette chanson, je connais le moindre accord, la moindre sonorité, la moindre respiration. Cette chanson m’avait profondément touchée parce que j’y avais entendu la souffrance et la dénonciation, j’y avais entendu l’instinct de survie et la rage. J’y avais entendu la révolte de cette femme en devenir. J’étais encore une enfant et je m’étais demandé si je vivrais un jour, des choses qui me donneraient cette puissance dans l’écriture. Ou bien si on pouvait simplement écrire sans avoir à souffrir.

Flinch

« Soon I’ll grow up and I won’t even flinch at your name”

J’avais toujours entendu dans cette chanson les vestiges d’un amour perdu, l’idée que l’on n’oublie jamais vraiment quelqu’un et qu’en fait finalement si. Avec le temps. Mais ce soir-là, une amie m’a ouvert les yeux. Dans la chanson Flinch, Alanis ne parle pas de son ex. Elle parle de la personne qui l’a agressée sexuellement alors qu’elle n’était même pas encore adulte. A l’époque pù elle a écrit cette chanson, on ne connaissait pas cette histoire alors j'y avais vu la mélancolie de la fin d’une romance. Aujourd’hui, après les révélations d’il y a quelques années, j’entends quelque chose de différent et je trouve cette chanson bouleversante. En fait, elle me donne même envie de pleurer.

Citizen of the planet

“I am a citizen of the planet, From simple roots through high vision”

Quand la chanson Citizen of the planet est sortie il y a trois ans, nous étions venus la voir en concert dans cette même salle. Et nous avions pensé qu’elle avait changé. En fait, nous avions pensé qu’elle avait l’air malheureuse. Elle avait eu l’idée saugrenue de teindre ses beaux cheveux noirs en blond, elle les avait coupés, elle avait pris du poids et sur la scène mythique qui l’accueillait, elle avait chanté en demi-teinte. Presque sans bouger. Aujourd’hui, nous retrouvons avec joie et émotion, ses manies gestuelles et ses allers et retours entêtants sur la scène immense. Nous la retrouvons telle que nous l'avons aimée.

Uninvited

« But you, you’re not allowed, you’re uninvited”

Cette chanson contient mon adolescence. Elle contient les heures passées dans le rayon des CD « import » de Virgin où nous achetions pour des fortunes des chansons inédites ou live des artistes qui animaient notre quotidien. Elle contient les heures à essayer de comprendre la sensibilité des mots en anglais et la délicatesse de cette voix parfaitement posée. Elle contient l’émerveillement d’avoir découvert, un après-midi à la télé, cette chanteuse qui bercerait mes trajets, mes voyages et mes moments de solitude dans mon walkman, dans mon mini-disc et après aussi dans mon ipod.

Thank you

« Thank you disillusionment, thank you clarity, thank you consequence, thank you, thank you silence »

Alanis remercie d’avoir su tomber de haut pour voir au-delà des illusions. Elle remercie d'avoir su dénoncer ceux qui ont voulu lui vendre une paix qui viendrait d’ailleurs. La sérénité n’était pas à acheter. Elle ne viendrait qu’après un long travail sur ses angoisses et ses névroses, un long travail sur elle-même. 

Aujourd'hui, c'est à notre tour de la remercier. Merci d’avoir été là ce soir à Paris. Merci de nous avoir offert ce spectacle qui nous a replongés loin, très loin dans nos souvenirs. Merci de nous avoir réunis pour cette soirée.

Aujourd’hui nous sommes adultes et grâce à toi, pour quelques heures, nous avons replongé très loin, dans les vapeurs de notre adolescence. Nous sommes redevenus ceux que nous étions, il y a bien longtemps, quand nous t’écoutions dans nos walkmans.

Publié dans En musique

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Theoma 06/07/2012 17:17


beau billet ! J'ai eu la chance de la voir au Montreux jazz festival deux fois.

Poppilita 07/07/2012 16:29



merci !


je l'adore :)