En souvenir d’André, le vertige d’une mort à laquelle on vous donne(ra) droit

Publié le par Poppilita

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J’attendais le roman En souvenir d’André avec impatience. Avec Lucia Etxebarria, Martin Winckler est certainement mon préféré. Et ce roman qui se lit très vite, m’a donné le vertige. Je mentirais en disant qu’il m’a plu parce qu’il m’a mise mal à l’aise. Il m’a baignée dans l’agonie, la maladie et la douleur. Pourtant si je l’ai profondément aimé, c’est parce qu’il dérange pour faire réfléchir.

Encore une fois, Martin Winckler a pris les armes romanesques pour plaider une cause qui lui est chère. Cependant, si d’habitude, il parle de soin, de traitement et de relation au patient, dans En souvenir d’André, il signe l’histoire d’un homme discret qui cache de grands maux et à travers son témoignage, revendique le droit de chacun à mettre fin à sa vie.

Soyons honnête, le sujet est douloureux parce qu’il touche à ces choses auxquelles on ne veut pas penser. Il touche à l’impuissance de la médecine, à la fragilité de nos destins, il projette le lecteur dans une situation insupportable: voir un être cher souffrir et demander à mourir.

Alors j’admire le courage de l’auteur qui n’a pas cherché pas à se faire aimer, mais à être lu. Pour témoigner et puis, pour convaincre.

Cependant, si l’aspect militant est essentiel dans ce récit, il s’agit d’abord d’un roman prenant et très bien mené. Martin Winckler a le don des mots - on le savait déjà - et il fait vivre son héros avec cette pudeur et cette sensibilité qui lui sont propres. Il n’a pas délaissé le lecteur assoiffé d'illusions et il nous offre ici une belle histoire comme il sait si bien les raconter.

Le protagoniste principal est un soignant qui « veille » les personnes et les aide à mettre fin à leur vie. On ne parle pas de médicament mais de soulagement et de transmission. Ces rencontres qui se multiplient dans l’obscurité des fins de journée occasionnent des témoignages de la dernière heure. Des histoires confiées en murmures à cet inconnu qui les recueille comme des trésors parce qu’il sait en reconnaître la vraie nature, ce sont des héritages.

Tenez-vous prêt, En souvenir d’André vous acculera dans des questionnements pénibles. L’auteur aura réussi son coup. Et vous comprendrez en quoi cette épopée-là était éprouvante mais nécessaire.

Si ce roman-là cache un peu moins bien que ses précédents le sentiment de révolte et le plaidoyer qui le sous-tend, c’est certainement parce qu'une fougue impatiente nourrie par le temps qui passe y transparaît. Avec les années, Martin Winckler se fait plus pressant dans ses idéaux parce que ce monde meilleur pour lequel il s’est tant battu, il veut le voir de ses propres yeux.

En souvenir d’André est publié aux Editions P.O.L. Vous pouvez le commander ici

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