Le Chœur des femmes : hymne à une féminité changeante

Publié le par Poppilita

 

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Martin Winckler fait preuve de générosité. Comme a son habitude. Dans son roman Le Choeur des Femmes, il donne la parole aux femmes qui passent par l’Unité 77 de l’hôpital de Tourmens – ville imaginaire dans laquelle se déroule nombre de romans de M.W. Ces femmes viennent se faire soigner mais parfois, elles viennent murmurer, se taire ou se vexer. L’écrivain leur tend un micro imaginaire pour leur permettre de dire tour a tour, leurs angoisses, leur souffrance, leurs questions, leurs peines, le regard blessant des autres et toujours ce soulagement d’être face a un médecin qui ne les juge pas. Je parle sciemment de micro parce que le roman est construit comme un chant collectif dont certaines voix se distinguent pour mieux se faire entendre. Ou pour utiliser un ton qui leur est propre. Chœur. Solo. Canon de craintes qui se font écho.

Martin Winckler est un idéaliste. Mais pas de ceux qui observent en pleurnichant une réalité à laquelle ils ont fini par se résoudre. Non, depuis des années déjà, le médecin-écrivain a pris les armes. Il plaide dans ses écrits pour une médecine différente. Une médecine qui respecte son prochain. Une médecine intelligible avec un effort prononcé pour les mots simples. Une médecine qui avant tout soignerait. Loin des histoires d’égos. Et des théories de professeurs géniaux qui ont réponse a tout.

A coup de témoignages mélodiques, le roman fait état de la douleur de femmes qui ont le malheur de se trouver un peu à côté de la voie jeune vierge-mariage-maternité. Et de médecins qui ont appris à les écouter. Ces femmes-là sont ambivalentes, étourdies, effrayées, résignées ou bouleversées. Ces femmes-là ne savent pas vraiment, pensent que peut-être mais en fait non. Ont peur de l’irréversible et fuient l’Absolu. Ces femmes c’est vous, elles, moi. Ces femmes, c’est nous.

Cet hymne à une féminité multiforme mais toujours assumée a pour toile de fond l’histoire d’un jeune médecin débarqué dans un service qui rassemble ce qu’il fuit. Enfin ce qu’il croit fuir. Les doléances des femmes qu’il perçoit comme un folklore sentimentaliste poussif duquel il aurait tout fait pour s’extraire. Mais ce qu’il exècre peut-être encore plus que ces plaintes féminines infinies, c’est le médecin – même pas gynécologue – responsable du service. Et ce qu’il prend pour de la mièvrerie. De la lenteur. Une patience apathique.

L’action dense et serrée se déroule sur une semaine. Sept petits jours pendant lesquels ces deux médecins vont comprendre qu’il existe entre eux un terrain d’entente préexistant sur lequel chacun des deux (je dis bien chacun des DEUX) s’était appliqué à fermer les yeux.

Ils partiront en croisade ensemble vers un activisme féministe pratique qui a érigé en principe l’écoute du patient et l’absence de jugement. Le respect certainement. Les théories y sont des bases. Les questions ont des solutions multiples et flexibles. Loin d’un FAQ qui permettrait au médecin, à la manière des grandes entreprises, de limiter les appels au service client.

Mais Martin Winckler est avant tout un romancier qui a su déguiser cette plaidoirie vindicative en intrigue à rebondissements. Le Chœur des femmes est avant tout un roman qui agite émotions et suspense pour mieux faire passer la révolte inhérente à ces mots-là.  Une véritable réussite.

Le Chœur des femmes sonne comme un cri dans un océan de murmures bien comme il faut.

Un appel aux médecins en devenir. Et aux autres.

Une voix juste dans un brouhaha médical confus. Un hymne en paillettes à une féminité changeante.

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Le Blog de Martin Winckler, c'est ici

Publié dans Entre les pages

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Diabazo 03/07/2012 12:36


"Cet hymne à une féminité multiforme". Très jolie présentation !

Poppilita 03/07/2012 12:46



merci !



denis 26/06/2012 21:49


je n'ai pas encore lu ce livre mais j'ai assisté à une conférence de l'auteur en janvier


un homme (médecin) très humain et passionnant à écouter

Poppilita 27/06/2012 13:27



oui c'est tout a fait vrai, en tout cas vous devriez lire ses romans vous ne serez pas decu !