Le troisième jour de Chochana Boukhobza : Israël tout en noir

Publié le par Poppilita

http://www.deslivres.com/images/products/image/Le-troisieme-jour.jpg

En refermant « le troisième jour », j’étais bouleversée, j’étais triste, j’étais amère. J’ai marché cent mètres sans penser à rien et en relevant la tête j’ai réalisé que j’étais en colère.

J’ai été transportée par ce livre. Je l’ai trouvé bouleversant, très bien écrit, parfaitement mené. Les personnages sont fins, palpables, creusés et réels. La technique du roman chorale est maîtrisée, et emporte le lecteur dans les abymes infernaux des dilemmes moraux qui se posent aux personnages. Les mots sont sensibles, pensés et délicats. Et pour toutes ces raisons, on peut dire que ce roman est une réussite.

Pourtant – laissons pour l’instant de côté la fin qui m’a profondément troublée – ce roman m’a gênée. La peinture de Jérusalem, d’Israël et des Israéliens est exagérément noire. A le lire, Israël est une terre de chaos, de déchirements et de bouleversements – ce qu’elle est certainement – mais entre ces lignes, elle n’est rien d’autre. Jamais il ne laisse transparaitre cette ravageuse envie de vivre, ce désir de profiter coûte que coûte du moment présent, ce désir criard d’être heureux.

Quand il dépeint Tel Aviv, c’est la nuit, à l’ombre d’un ciel obscur et silencieux. Il oublie les bars, l’agitation, les rencontres d’un soir, les fêtes sur les balcons, sur les penthouses, les beuveries, la gay pride, le marathon, les rues bondées et joyeuses du vendredi matin, les couleurs du marché. Il oublie les disputes dans la rue, les pleurs des bébés, les familles bourgeoises qui traînent leurs chiens, les parties de matcot sous le soleil.

Je connais beaucoup moins Jérusalem mais dans le roman, si la ville est colorée, parfumée et mystérieuse, elle est aussi profondément terne, un peu comme un antre qui permettrait à l’histoire de refermer ses griffes une à une, à chaque pas, sur ceux qui s’y aventurent. Elle est dépeinte comme le cœur même du chaos, de la haine, de l’irréparable. Le paroxysme matérialisé du conflit. Le roman nous dit que c’est la guerre, que chacun a ses raisons de haïr l’autre et que la réconciliation est impossible à l’image de la lourdeur des destins qui s’y croisent. Jérusalem est un enfer. Exclusivement.

Israel est une terre de deuils, de déchirures et de bouleversement, c’est indéniable. C’est un pays de guerre et d’attentats, de haine et de conflit. Mais enfin, soyons honnêtes, ça n’est pas que ca.

Les destins des personnages sont tous contrariés par le pays lui-même. Il y a les déracinés (les parents de Rachel ou leur voisine), il y a les endeuillés (Elisheva, la famille d’Eytan) et il y a ceux qui ont réussi à fuir (Rachel) mais ça n’était qu’un leurre parce qu’ils sont eux aussi rattrapés par ce pays aux mille tentacules.

Entre ces mots, Israel n’est plus un pays, c’est un destin. On ne peut échapper à la détresse qu’il engendre parce qu’à un moment ou un autre, il déchirera votre famille, il vous fera perdre un proche, il vous mènera devant un gouffre et vous déciderez ou non de sauter. Parfois on vous y poussera.

Dans sa description de la jeunesse israélienne, l’auteure montre bien la solidité des liens que l’on crée à l’école et à l’armée mais ce n’est que pour mieux  faire ressortir les antagonismes, les divisions politiques et l’amertume. Si à 25 ans, on est encore amis, elle le dit elle-même, dix ans plus tard, la politique nous aura séparés. Elle oublie les amitiés indéfectibles, le cosmopolitisme, l’enthousiasme et cette capacité proprement israélienne à se relever et à avancer.

Entre ses lignes, les couleurs du marché de Mahane Yehuda sont trop vives. Au lieu de ces magnifiques nuances qui s’étalent à l’infini, ces arcs-en-ciel d’épices orangées, elle nous montre du rouge. Dans son roman, on ne voit que le sang.

Sa Jérusalem est écorchée vive, Elle est douloureuse.

Et cette fin ?

Les nazis gagnent.  En impliquant l’héroïne dans la chasse aux nazis puisqu’au final, c’est elle qui tire, l’auteure plonges la nouvelle génération dans le chaos duquel la précédente ne s’est jamais sortie. Mais pourquoi ? Pourquoi la condamner elle aussi ? N’est-ce pas suffisant qu’Elisheva ait vu sa vie gâchée et détruite par l’Enfer des camps ? Pourquoi Rachel doit-elle porter sur la conscience, le meurtre de ce vieux monstre ?

L’auteure oublie, qu’Israël est devenu, petit à petit, un pays comme les autres.

Elle oublie que le bonheur y est, à l’image de tout ce qui s’y passe, exagéré, amplifié, omniprésent.

Elle oublie que les plaies cicatrisent.

Elle oublie, que la volonté de vivre est profondément ancrée dans le destin de ce pays.

Et que c’est certainement sa plus grande force.

 

Le troisième jour de Chochana Boukhobza est édité aux Editions De Noël et en Folio

Publié dans Entre les pages

Commenter cet article

Maya the Bee 30/10/2012 12:17


" les parties de matcot sous le soleil"


...


mon dieu, cette phrase me ramène trente ans en arrière, sur la plage de TA, avec le soleil israëlien qui tape, et les Toc-Toc, Toc-Toc, des joueurs de matcot... que
c'est loin! snif!


Merci pour cet article.