The Good wife ou le choix de la retenue

Publié le par Poppilita

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A la télé, ces dernières années, on nous montre tout. Toujours et encore, la preuve par l’image. Scènes de viol interminables comme preuve de la violence de l’acte, positions d’amour interchangeables comme preuve de la force d’une passion, hurlements conjugaux qui interrogent sur l’obsolescence de l’institution du mariage. Dans un souci infantilisant de faire entendre, on nous montre pour forcer la compréhension.

  Dans la série The Good Wife, le parti pris est inverse. On suggère. On regarde. On se tait. On questionne. Et on ne donne jamais de réponse.

  Au croisement entre actualités chaudes – accusation de harcèlement sexuel sur une personnalité démocrate admirée rappelant tristement l’affaire Strauss-Kahn, dilemme lié à la peine de mort sur un violeur tueur d’adolescentes - et décor traditionnel – un prestigieux cabinet d’avocats à Chicago - la série entamera à la rentrée sa quatrième saison.

  Elle réunit des acteurs d’excellente qualité. Parmi eux, la superbe Julianna Margulies qui, dix ans après avoir incarné une infirmière dans la série Urgences, offre la délicatesse de son jeu au personnage principal, l’avocate Alicia Florrick. Et finalement, ça lui va très bien. On y découvre ou redécouvre pour les plus chanceux, l’excellent Alan Cumming, bête de scène étrange qui travestit pour l’occasion son accent irlandais en un parfait American accent dont les répliques résonnent encore longtemps après le générique de fin. Il y campe un génie du « crisis management » politique qui se défie avec brio des manigances parfaitement élaborées de ses concurrents. On y retrouve aussi beaucoup de visages familiers et de guest stars comme Michael J. Fox (Retour vers le futur), Chris Noth (Mister Big de Sex and the city).

  La série débute quand le mari d’Alicia, procureur général de la ville de Chicago doit démissionner suite à un scandale mêlant prostituée blonde et corruption. Les évènements forcent Alicia à délaisser sa vie de femme au foyer pour revenir au droit pour gagner sa vie.

  The Good wife est une série qui se faufile entre les mailles du politically correct pour aborder des sujets fâcheux, comme la peine de mort, les tortures permises sous le mandat de Georges W. Bush, les biais d’une justice fondée sur l’avis d’un jury, les manipulations que le système judiciaire américain permet ou encourage parfois, le dilemme éthique lié à la défense d’un meurtrier, le va-et-vient entre le nécessaire et l’invasif dans la surveillance du terrorisme.

  Mais, quand le générique de fin tombe, on n’est jamais pleinement satisfait, on ne se dit jamais que c’était la solution ou bien que l’on a parfaitement compris, on est toujours dans cette ambivalence un peu mal à l’aise ressentie face aux actes terriblement humains. Jamais pleinement mauvais, jamais complètement désintéressés. Les meurtriers n’ont parfois pas la tête de l’emploi et finalement ça n’est pas vraiment le problème.

  Passé la moitié de la première saison, on se trouve carrément immergé dans ce monde fictionnel qui ressemble beaucoup au nôtre, au suspens parfaitement tenu et aux sentiments exceptionnellement complexes. Ensuite, on file avec les épisodes qui vous rappellent chacun un peu plus les dérives de ce monde où l’on crie au loup sur Facebook, où l’on dénonce sur Tweeter et qui prêche la religiosité comme une tentation. Un monde où les valeurs se bousculent pour laisser la place aux dilemmes, à un entre-deux doux-amer où les solutions sont en demi-teinte. Il n’est plus question de stratagème apparent et de regards en coin, dans ce monde les trahisons ne font pas vacarme et le drame n’est plus dans l’adultère rendu public, il est dans l’humiliation quotidienne qui en résulte. Dans ce monde, on garde le dessus sur son désir, on ne plonge pas dans une histoire au nom du romantique. Les personnages extrêmement travaillés dans leurs contradictions ne se laissent jamais aller non pas parce qu’ils sont sages simplement parce qu’ils gardent en tête les conséquences de leurs actes.

  On y voit l’évolution subtile de personnages fortement ancrés dans les dilemmes d’aujourd’hui. Rien n’est brusque, rien n’est passionné, on y parle à voix basse, on y discute calmement, la vérité n’est plus ailleurs, elle est simplement mitigée.

  Dans The good wife, le mieux est l’ennemi du bien. A trop montrer, on écoeure. Et dans une allégorie imagée, on ne vous montrera pas un bout de peau jusqu'au début de la saison trois où l’on permet à certains personnages de porter des manches courtes. C’est peut-être cela le prodige, de faire transpirer les sentiments à travers des corps bien couverts et sans aucun passage à l’acte.

  On peut lire dans le succès de cette série un ras-le-bol du spectateur infantilisé, comme un appel à atténuer les excès. Et à créer, finalement, avec un peu plus de retenue.

Publié dans Petit écran

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Rebec 15/06/2012 15:24


Après avoir fini de lire cet article, on a plus qu'une seule chose à faire: aller à la FNAC se procurer les saisons disponibles de cette série! Ce n'est pas la 1ère fois que je lis des critiques
positives, mais tu as largement achevé de me convaincre

Poppilita 15/06/2012 15:46



en fait c'est encore mieux que ce que tu penses encore :) merci pour ton passage !